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En savoir plus... sur l'histoire de la cartographie

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Introduction :

La représentation des connaissances du paysage géographique correspond à un besoin que toute société a un jour ou l’autre éprouvé. Quel que soit son degré de civilisation, l’homme a cherché très vite à fixer des renseignements transmissibles de génération en génération et aptes à répondre à des questions précises telles que l’établissement d’une voie de communication, les limites ou partages des territoire.

La cartographie réunit l'ensemble des études et des techniques qui permettent de se représenter l'espace sur lequel s’exerce une activité politique, économique ou scientifique. Stricte représentation de la terre connue et des voies maritimes ou terrestres des militaires et marchands, elle devient, à partir du XVIIIe siècle, un des instruments de connaissance et de puissance des gens de pouvoir. Les renseignements militaires et les contrôles fiscaux sont souvent à l’origine de la cartographie élaborée de l’époque.

 

Origine de la cartographie :

La plus ancienne carte avérée est à ce jour une fresque, découverte vers 1960 lors de fouilles archéologiques à Çatal Hüyük en Turquie. Datée de 6200 ans av. J. C., elle représente un plan de ville et un volcan en éruption. D’aucune prétention utilitaire, elle tient simplement lieu d’image sacrée, protectrice ou expiatoire. Une autre carte également très ancienne et qui remonte à 3800 av. J. C., est une tablette sumérienne en terre cuite représentant le cours de l'Euphrate en Mésopotamie. Les civilisations antiques d’Asie occidentale utilisaient ce type de support à des fins fiscales pour indiquer notamment les limites de propriétés.

Si l’origine de la cartographie remonte à la nuit des temps, elle devient une véritable science avec l’Antiquité. Les savants grecs posent entre les VIIe et IIe siècles avant notre ère les grand principes qui allaient lui permettre de se développer, et jettent les bases mathématiques et cosmographiques de la cartographie moderne : sphéricité de la Terre, mesures de l’angle d’inclinaison de l’équateur, etc. Se fondant d'abord sur les observations ponctuelles rapportées par les navigateurs, commerçants et guerriers, ils cherchent à préciser les contours du bassin méditerranéen et à connaître la forme de la Terre. Avec un siècle d’intervalle, Aristote démontre, au IVe s. avant J.-C, la sphéricité de la Terre tandis qu’Ératosthène, au IIIe s. avant J.-C., en calcule la circonférence. À partir de ces données, l'astronome Hipparque propose un canevas de la surface terrestre découpé par un réseau de parallèles et de méridiens. Il pose ainsi le premier essai de projection cartographique pour établir une représentation plane de la surface sphérique du globe. Les principales cartes réalisées par les Grecs sont l'œuvre de Strabon et surtout de Ptolémée, qui dresse un ensemble de cartes régionales, dont une carte générale de la Méditerranée (redécouverte au XVIe siècle) calculée à partir des travaux erronés de Posidonios de Rhodes pour la mesure de la circonférence terrestre. Enfin, les ingénieurs grecs dirigèrent la réalisation des cartes romaines, afin d’établir le cadre d'un inventaire général de l'Empire ayant pour objectif la représentation des frontières, des villes et des grands itinéraires terrestres (cadastre).

 

Moyen-Age :

Le haut Moyen Âge européen, période de déclin du commerce maritime, est marqué par une quasi-disparition de la cartographie. La Terre est un objet de représentations symboliques et imagées (textes et diagrammes astrologiques, astronomiques et cosmographiques) bien éloignées du souci scientifique des cartographes grecs. Allant jusqu’à refuser l’idée d’une terre ronde, la cartographie médiévale se fonde sur certaines données antiques mais s’inspire également des écritures saintes. Il faut attendre l’emploi généralisé de la boussole au XIIIe siècle pour que la cartographie évolue. Dressées par et pour les navigateurs, les cartes maritimes des Génois, Vénitiens, puis des Portugais et des Espagnols vont, pendant près de trois siècles, dominer le monde de la cartographie. Avec la reprise du commerce maritime de la fin du Moyen-Âge, les grandes découvertes permettent de renouveler les cartes destinées à la navigation et imposent une nouvelle vision géographique du monde. Cartes d'usage maritime caractérisées par une représentation des aires de vent, les portulans, ébauche des routes maritimes, apparaissent. De nouveaux appareils de mesure de la latitude (astrolabes) emportés par les navigateurs permettent d’obtenir une représentation rationnelle des côtes méditerranéenne et atlantique.

Malgré la présence à la médiathèque Pierre Amalric d’Albi de la plus ancienne carte du monde conservée datant du milieu VIIIe siècle (MS 29), le département actuel du Tarn, à l’écart des routes maritimes, ne s’inscrit pas dans ce renouvellement cartographique. Les Archives départementales conservent un seul plan de l’époque médiévale « La carta pentha et vehuta de la senhoria dalby depart dessa lo pont et fazen division am pueg gozo et autres partz », datée du début du XIVe siècle, le plus ancien plan connu de la ville d’Albi. Etablie pour régler un litige pour la possession de terres aux environs d’Albi entre l’évêque et le seigneur de Puygouzon, cette carte, qui fait partie des archives déposées de la commune, figure les environs de la ville peints sur un parchemin (4 EDT II 5, document 13 de l'exposition virtuelle).

Un autre plan conservé aux Archives départementales du Tarn (1 HDT 68) est daté du XVe siècle, siècle charnière entre la période médiévale et la Renaissance : il s’agit d’un plan des fiefs de l’hôpital Saint-Antoine d’Albi, inséré dans un registre de lausimes, le « terrerius magnus hospitalis Sancti Anthonii Albie », appartenant au fonds ancien des archives de l’hôpital Saint-Jacques d’Albi.

Les Archives départementales du Tarn  conservent en outre des plans dressés au XVIIIe siècle sur des reconnaissances féodales très antérieures. Ainsi à Viviers-les-Montagnes, par exemple, un plan (325 EDT II 4) a été dressé sur des reconnaissances de 1400. Il en va de même aux Cammazes où des plans postérieurs à 1652 ont été dressés d’après des reconnaissances de Me Carpinel, notaire, datées de 1482 (55 EDT CC 3).

 

Renaissance :

Les progrès décisifs de la cartographie européenne à la Renaissance sont liés à la redécouverte des travaux antiques, à l'essor des grands voyages et à des innovations techniques. La traduction des écrits de Ptolémée, grâce au développement de l'imprimerie, permet la construction de nouvelles mappemondes, accompagnées d'un réseau de coordonnées en latitude et en longitude. évitant les erreurs de ce dernier sur la longitude, elles indiquent, comme celle de Martin Behaim de Nuremberg, un océan abordable, et sont à l’origine des grandes expéditions maritimes de Christophe Colomb, Vasco de Gama et Fernand de Magellan... La découverte de l'Amérique élargit considérablement la connaissance cartographique du globe. La plus ancienne carte figurant le Nouveau Monde est dessinée, en 1500, par l'explorateur espagnol Juan de la Cosa. S’impose alors la mise au point de systèmes de projection adéquats.

En 1569, le géographe et mathématicien flamand Gerhard Mercator établit un système où parallèles et méridiens se recoupent à angles droits. L'essor de l'imprimerie permet enfin une meilleure représentation et une diffusion plus large des cartes. Au XVIe siècle, l'Europe occidentale compte plusieurs centres de production cartographique en Italie, en Allemagne et aux Pays-Bas. à Anvers, Ortelius conçoit, en 1570, un atlas mondial (Theatrum orbis terrarum) de 70 cartes et dessine une carte du monde où ancien et nouveau mondes figurent dans deux cercles distincts parcourus de méridiens courbes. En France, les géographes du roi, Nicolas de Nicolay et Jean Jolivet, reçoivent vers 1560 la mission de dresser la carte des provinces du royaume (1 FI 353 / 3)

 

XVIIe et XVIIIe siècles :

Afin de mieux connaître leurs ressources foncières, forestières et fiscales, les États modernes donnent une impulsion décisive à la cartographie régionale et locale, qui  pose désormais un regard scientifique et neutre sur la planète. En France, le Théâtre françoys, de Bouguereau de Tours  et Gabriel Tavernier (1594), est le modèle de l'atlas des provinces, dont les 18 cartes seront révisées et complétées par la suite. Dans le cadre de la politique de grands travaux menée par Colbert, l'Académie des sciences lance en 1666 un projet de cartographie systématique du royaume. Les relevés s'appuient sur la méthode de triangulation mise au point par le Hollandais Snell Van Royec, dit Snellius, en 1617, et expérimentée en France, en 1640, par l'abbé Picard. Dès 1678 paraissent les premières feuilles des environs de Paris. Le premier levé topographique national est établi en France, sur commande de l'État, par la famille Cassini qui va poursuivre cette tâche. En 1720, la grande méridienne (nord-sud) de la France est réalisée. Elle va permettre de référencer les points géodésiques. De 1733 à 1744 sont menées de nouvelles opérations géodésiques. En 1747, César-François Cassini de Thury (Cassini III) est chargé de lever la carte du royaume.

L'établissement des 154 feuilles complètes et 26 feuilles partielles couvrant toute la France à l'échelle du 1/86 000e est achevé, en 1789, par Jacques-Dominique Cassini (Cassini IV). Malgré des défauts (absence de cotes d'altitude, expression médiocre du relief par des hachures), cette première carte nationale, dite de Cassini (1 FI 352 / 1 à 10), constitue un jalon essentiel dans l'évolution de la cartographie. L'essor des cartes topographiques s'accompagne de la réalisation de cartes spécialisées à vocation utilitaire. Il s’agit par exemple de cartes des places fortes et des champs de bataille rassemblées par Vauban, de cartes des forêts comme la Grésigne dont le plan géométral a été dressé en 1787 (1 J 6 / 52, document 2 de l'exposition virtuelle), de cartes d’aménagement du territoire avec les tracés de chemins, par exemple le chemin royal d’Albigeois reliant Toulouse à Rodez (C 940, document 3 de l'exposition virtuelle), ou encore l’aménagement des cours d’eau, par exemple celui du Tarn (1 FI 350 / 16 et 17, document 5 et document 6 de l'exposition virtuelle).

 

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